Nouveau sujet Forum verrouillé Imprimer Syndication RSS 2.0

Murmures d'un Emoya /Ch.1\\ - la nouvelle #La Racine#

Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 02 Mars 2006, 19:02
Je posterai ici chaque semaine (du moins j'essayerai) une partie d'une histoire qui commence dans un lieu bien connu : Bruxelles.

Cette histoire, fantastique, vous mènera ... où elle le doit (je ne vais pas tout vous raconter non plus !!)

Voici donc Murmures d'un Emoya, la nouvelle ! (pour ceux qui ne savent pas ce que c'est : Nouvelle)


Pour réagir : réagir


Et pourquoi pas ?
 
Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 02 Mars 2006, 19:05
[couleur=#000099]
Lumière

Première partie
[/couleur]

1. Le Réveil


Bruxelles, 25 août, 4 h du matin

- Allez, dépêches-toi ! On va arriver en retard !
- Mmmm..
Lumière
- Quoi, tu dors encore ?!! Ton avion part dans deux heures ! Et ton sac n'est pas encore bouclé ? Mais comment ais-je fait pour avoir un gosse pareil ?

Justin Ritau, 17 ans, se leva en titubant, les yeux mi-clos, et se dirigea vers la salle de bain. Sa mère, une dentiste, redescendait l'escalier en marmonnant encore quelques remarques qu'il avait appris à ne plus écouter. Il prit son grand sac de cuir, y mis sa trousse de toilette et le boucla. Il ne vérifia pas le contenu, sachant que sa chère maman aurait tout vérifié la veille, comme elle n'avait jamais perdu l'habitude de le faire quand il partait en voyage étant petit, à son grand dam.
- Tu as pris ta trousse de toilette ?
- Mm mm
- Arrête de me répondre ainsi, tu sais que je déteste ça !
- Oui maman, j'ai pris ma trousse de toilette?
- Bien. Rentre vite dans la voiture, c'est moi qui vais te conduire. Ton père a été à une conférence tard hier soir et il est très fatigué. Je t?ai fait quelques tartines, prends-les sur la table de la cuisine !

Son père, un éminent biologiste, lui cria d'en haut des escaliers:
- Bon voyage, fils! Et profite bien de ton séjour : apprends !
Il quitta donc ce jour là sa petite maison du quartier de Stockel pour se rendre à Zaventem, l'aéroport le plus important de Belgique. La Belgique, cette petite tache sur la carte du monde qu'il n'avait jamais quitté mais qu?il affectionnait grandement.
Dans la voiture, il n?y eut pas d?échange de parole. Justin regardait par la fenêtre défiler des paysages qu?il ne reverrait que sous la neige dans quatre mois, à Noël.
Il se posait des questions sur la façon dont on l?accueillerait là-bas, comment cela se passerait avec ses voisins de chambre, mais surtout sur comment il allait faire pour se débrouiller avec l?Anglais, ou plutôt l? "Américain".


4h15. Aéroport.
Ding, Dang, Dung ! "Les passagers pour le vol 1650 en direction des USA-Californie, départ retardé de 30 minutes pour raisons techniques. Merci de votre compréhension."

La mine jusque par terre, Justin, qui avait déjà attendu une demi-heure, se dirigea vers un self-service. Celui-ci était bondé de touristes de tout azimut rentrant chez eux, partant à un endroit aux antipodes pour prendre un peu de soleil, ou allant travailler dans des pays au compte de leur société, une petite valisette sous le bras. Chacun avait un plateau remplit de consommations.
- Tu ne termine pas ton jus d'orange ? demanda une dame juste quand il passait. La petite fille en face d?elle fit non de la tête. "C'est pas grave, va le jeter. Il y a une poubelle là-bas derrière toi." La gamine se leva précipitemment et en bousculant Justin se dirigea vers la poubelle qui était déjà pleine à raz-bord d'emballages et autres nourritures non-consommées. Justin se servit un café tout en imaginant son père pestant contre la société de consommation.
Une place était libre dans le fond à une table occupée par un vieil homme à la barbe grisonnante.
Justin s'installa en face de lui.
Plongé dans ses pensées, il ne remarqua pas tout de suite que l'homme le regardait fixement.
- Vous vous appelez ? fit-il, un peu gêné d'être observé si directement.
- Jefferrson Fiskovitch, fit son voisin d'un accent prononcé de russe et d'américain, et Jeff pourr tout le monde n'ayant pas affaire avec la paperrrasserrie de l'Etat. Et vous ? dit-il d'une voix forte.
- Justin Ritau.
- Justin Ritau ? Je vais plutôt t'appeler John, comme on fait chez nous. Tu n?as pas l?air trrès à l?aise dans cet aérrroport ! Où vas-tu comme ça ?
- A Harvard, pour y passer une année secondaire.
- A Harrvarrd ? Mais j'y trravaille ! Je fais des rrecherrches sur les orrigines de l'homme ! Je suis d'ailleurrs surr une découverrte intérressante, mais il est encorrre tôt pour tirrrer des conclusions. Vous pourrrez venirrr voirrr, si vous voulez !
- Merci.
- Tu va rrentrrer en quelle année ?
- En 6e terminale.
- Tu finis chez nous ? C?est trrès bien !
- Je viens pour parfaire mon anglais, pour l?année prochaine. Je compte revenir faire des études de biologie.
- C?est vrrrai que l?anglais c?est trrès imporrtant ! Et tu veux prrendrre quelle orrrientation ? Génétique ? Médecine ?
- Je ne sais pas encore.
- Je vais essayer de t?aider. Tu veux fairre quoi plus tarrd ?
- Je sais pas.
- Mais si tu sais ! Cherche au fond de toi !
- J?aimerais voyager, découvrir des nouvelles contrées jamais foulées, quitter le monde civilisé, rencontrer de l?exotisme?mais les temps des explorateurs est depuis longtemps passé?
- Et alors tu as décidé de faire de la biologie ?
- ?Non
- Mais pourrquoi veux tu fairre ces études alorrs ?
- ? ?
- Oh, je crrrois qu'on t?appelles !
"?pour le vol 1650 sont priés de se rendre à la porte B5. Je répètes, les passagers?"
- Moi je prrends le prrochain ! Bon voyage ! Et viens me voirre quand tu veux ! Voici ma carrte de visite !
Justin, troublé d?avoir dévoilé ses pensées secrètes à cet inconnu, sans doute sous l?effet de la fatigue, se précipita vers le lieu indiqué. Mais il dut encore attendre un quart d'heure avant d'entendre:
Ding, Dang, Dung "Embarquement immédiat pour le vol 1650 en direction des USA. Les passagers sont priés de se rendre le plus vite possible à la porte B5, merci."
Justin trembla en rentrant par le sas. Il n'avait encore jamais fait son baptême de l'air, et trois jours plus tôt, il y avait eu un crash spectaculaire de trois avions en plein ciel. "Le Calculateur Central des Aiguilleurs a reçu un virus d'Internet" avait-t-on dit.
C'est donc la mine anxieuse qu'accompagné par une hôtesse il s'installa à côté d'un vieux monsieur souriant. Celui-ci était allongé tout à fait à l?aise dans son fauteuil. Il lui tendit un chewing-gum.
- C'est pour les oreilles dit-il.
Dix minutes passèrent sans que l?avion ne bouge. Justin était de plus en plus tendu sur son fauteuil.
- Il faut pas t?en faire, petit ! La première fois, le décollage est toujours stressant, mais je t?assure que ce n?est pas si terrible ! C'est même plutôt défoulant !
Justin essaya de mieux dissimuler son malaise.

Déplacement...

Attente...

Accélération

Tout tremble. Les passagers sont collés à leur siège. Le paysage défile de plus en plus vite, le bruit des réacteurs s?intensifie, toute l?armature tremble de plus belle, le monde entier semble retenir son souffle, un vacarme remplit toute la carlingue de l?avion, les ailes semblent vouloir imiter les oiseaux.

Et soudain, le Silence refait son apparition. Le pilote a l?habituelle sensation que ses entrailles se collent au fond de son bassin. Tout va bien. Certains voyageurs font entendre des soupirs de soulagement. Des enfants laissent échapper des jappements de plaisir.

L?avion a décollé.

Gêné par le regard de son voisin, Justin se retourna et observa par le hublot la Belgique défiler, puis bientôt la Manche. De temps en temps, un minuscule point blanc apparaissait pour aussitôt ressortir de son champs de vision.

Il pensait à ce qu'il savait des Etats-Unis: ses lois, son alimentation, son folklore, son histoire, ? Puis il réfléchit aussi à sa vanité, sa bellicosité, sa consommation, sa pollution et aux répercussions sur l'environnement. Son père lui avait assez crié de sermons dans les oreilles lorsque Bush refusa le traité de Kyoto et il avait assez vu de reportages sur la situation s?empirant de plus en plus pour qu?il s?intéresse au sujet. C'est vrai que ça n'avait pas de sens que des millions d'habitants dans ce pays acceptent et acclament tout cela, alors que tous les savants s'accordaient pour dire que le monde va mal. Ils ne faisaient qu?inventer de nouveaux produits, pour ensuite les consommer à grande échelle. Mais les USA, c'était aussi un pays de chercheurs et de technologies de pointe. C'était une des raisons pour laquelle il - ou plutôt son père - avait décidé d'aller là-bas. L?autre raison était que c'était tout simplement l'endroit où on trouvait les meilleurs profs.

"Bonjour, c'est votre commandant qui vous parle. Nous sommes actuellement à 2500 mètres d'altitude à une vitesse de 960 km/h. La température extérieure est de 3 degrés centigrade?"

- Maintenant, ils vont montrer leurs dispositifs de secours, expliqua le vieil homme à côté de lui, apparemment fort habitué mais ... manquant d'un compagnon de discussion.
"En cas de problème, vous trouverez sous vos sièges des gilets de sauvetage. Mettez-le comme ceci en?"
- C'est la première fois que vous prenez l'avion ?
- Oui. répondit brièvement Justin qui voulait écouter la suite des instructions.
- N'écoutez pas ces choses? Est-ce que vous savez que si vous sautiez avec ces gilets à la mer, vous vous y écraseriez comme sur un rocher ? Ce qui nous faudrait, c'est comme au bon vieux temps : des parachutes ! Mais ça coûte cher... Et tout ce qui coûte, de nos jours?
"?masques tomberont juste au-dessus de vos têtes?"
- Vous allez où comme ça ?
- Harvard.
- Et qu'allez-vous y apprendre ?
- Biologie, répondit-il d'une voix semi-exaspérée.
"?amples informations, regardez le dépliant dans la poche juste devant vous. Bon voyage à bord de?"
- Vous allez loger où ?
- Je vais loger à Harvard-même ! répondit-il en se levant pour prendre un bouquin dans ses bagages, et surtout pour que le vieux le laisse tranquille. Il se plongea dans son livre : un roman d?aventure dans lequel les animaux se révoltent contre les humains car ils trouvent qu'ils ont fait trop de mal à la nature. Mené par une girafe, un commando composé d?une antilope, un éléphant et deux tigres essaie de détruire une installation chimique qui pollue son habitat.

- Monsieur ! Monsieur ! Votre repas !
Il sortit de son bouquin tout désorienté. Une hôtesse passait avec des plateaux repas. Il n'avait pas faim et refusa le sien, bien qu'il sût que tous ces couverts, récipients en plastique et contenus allaient finalement se retrouver au bac, sans même avoir été consommé. "Tout est fait pour être jeté de nos jours !" se plaignait son père "On se demanderait même si les fabricants ne font pas exprès de fragiliser les objets pour qu'on soit obligés d'en racheter encore et encore ! ... Et les gens ne bougent pas ! Ils achètent, et laissent faire !"
Il pensa à son père qui ne bougeait pas spécialement plus que les autres, puis il n?y réfléchît plus et se replongea dans son bouquin jusqu'à l'arrivée.


Et pourquoi pas ?
 
Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 10 Mars 2006, 16:46
* * *



-Les étudiants pour Harvard, par ici s'il vous plait !
Justin se rapprocha de la dame.
- Bonjour, votre nom s'il vous plait ?
- Ritau Justin.
- Vous serez logés au lotissement D, appartement 124. Le bus là-bas vous attend !
- Merci
Le bus était bariolé de tags et de griffes et seules une dizaine de personnes étrangères comme lui y attendaient le départ. C'était typiquement un bus scolaire pendant un week-end. Justin y monta et juste comme il s'assit sur un siège vieux mais moelleux à l?arrière, il fut prit d'un brusque coup de fatigue bien compréhensible.



Il patauge dans une eau sombre sans fin. Tout est très trouble : sa vision, son odorat, son ouille. Les arbres le regardent par leurs zones sombres, menaçants, du haut de leurs grandes tailles.

Il ressent soudain en lui l'instinct vif et pressant de la proie, une proie que quelque chose poursuit et ne lâchera pas tant que durera la Traque.

Il entend et voit du coin de l'?il quelque chose derrière lui qui se rapproche vite.

Trop vite.

Il se met à courir, mais ses pieds sont lourds, ralentis par une masse d'eau retenue dans les tissus de son pantalon.

Il court à pleines jambes, mais les bruits derrière lui semblent à chaque instant plus proches, plus distincts, de plus en plus Réels.

Il veut regarder ce qui le suit, mais il sait que cela le ralentira et accélèrera l'instant fatal.

Les bruits se rapprochent encore. Une haleine puissante domine les autres.

Dans son cou il sent un fort souffle haletant de joie de la traque et ? iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiT "Hey ! Mad Boy !"

? Vrooaam

Le bus s'était arrêté brusquement: un chauffard venait de lui passez au nez au beau milieu d'un carrefour. Justin se frotta la nuque pour s?enlever la désagréable sensation d'avoir quelqu'un dans le dos.
Après s'être remis de ses émotions, il laissa son songe de côté pour aller demander quand il arriverait. Le chauffeur lui répondit dans un anglais un peu trop américain à son goût. Il comprit finalement qu'il avait dépassé son arrêt. Il se dit que son premier exercice de débrouillardise en Amérique avait commencé.


Il sortit du bus à l'arrêt suivant et essaya de se renseigner sur la direction qu'il devait prendre. Finalement, il tomba sur un petit retraité qui faisait sa balade du soir.
- Lotissement D, oui, c'est par-là ! Vous prenez le bus 64 bis et vous vous arrêtez à l'arrêt "small tree" Répondit-il dans un anglais assez correct.

Il se remit en route. Le temps était calme et reposant. Les quelques personnes profitant de l?air pur du crépuscule se promenaient calmement le long des trottoirs, et un couple discutait tranquillement sur un banc.
Mais comme il arrivait à la l'arrêt de bus, une dizaine de vélos-moteurs s'interposèrent entre celui-ci et lui.
Un grand type aux cheveux blancs oxygénés et au blouson de cuir s'avança, un couteau-papillon en main.
- Bonjour petit ! Alors, on est perdu ?
Les visages de sa bande avaient prit des airs moqueurs et tous semblaient bien s'amuser de la situation.
- Qu'est-ce que t'as de beau à nous offrir ? Voyons voir?
Il lui arracha le sac de l'épaule et l'ouvrit au moyen de son couteau, découpant le long de la tirette. Justin regarda vainement autour de lui pour voir si quelqu'un pourrait l'aider. Cinq personnes passèrent sans le voir, tournant la tête dans l?autre direction, soudainement intéressés par le contenu des vitrines des magasins.
- Tien, je te laisse tes frocs ! dit le chef de la bande après un moment, en lançant ce qui restait de vêtements à la figure de Justin. Surtout, ne va pas cafeter chez les keufs, ça vaudrait mieux pour toi ! A la prochaine !
Les vélos-moteurs partirent en un grand vrombissement et il se retrouva seul, un pantalon encore pendouillant sur la tête.


Et pourquoi pas ?
 
Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 17 Mars 2006, 19:42
* * *


Encore une crevasse !

Cela fait une éternité qu'il marche sur cette plaine de terre battue sans un seul relief, et chaque fois il est stoppé net par une des nombreuses et profondes fratures du sol. Celles-ci semblent si profondes que sa vue n'arrive pas à en distinguer le fond.

La chaleur ambiante déforme les contours des parois dans un jeu de lumières aveuglantes et leur ajoute des courbes que le paysage ne possède pas. Peut-être ces creux n'ont-ils pas de fond ? Il ne sait pas vraiment. Sa vue est trouble et il n'arrive pas à saisir tous les détails de ce qu'il regarde.

Une bourrasque de vent fort et glacial sort soudainement de la crevasse et lui colle les cheveux sur le front.

Il faut déjà repartir, et marcher, encore marcher?
pour arriver où encore ?
Est-ce pour trouver une nouvelle crevasse ?
? Il ne sait pas. Il a juste un besoin énorme de marcher plus loin, toujours plus loin.

Il s'éloigne et part dans une autre direction.

Le soleil brille de tous ses feux et illumine le ciel qui en devient bleu-blanc.

Il se sent désespérément seul, mais Il doit continuer.
Il sait qu'on le suit, qu'une Chose le traque, et qu?elle finira par l?avoir.

Un sentiment d'impuissance l'habite depuis le début de sa fuite, mais il Faut continuer.

Le soleil tape de tous ses rayons sur ses épaules comme autant de marteaux sur une taule.

Soudain, comme un bourreau s'approchant du gibet, d'abord un murmure, ensuite une voix lointaine et vieille comme le monde se fait entendre.

C'est la voix du Vent, plaignante et continue.

Plus rien ne sert de courir, tout espoir est maintenant vain.

Des minutes passent, Il reste immobile, le temps semble s'être figé.

Attente et regard fixe à l'horizon.

La voix se fait plus forte.

Une petite brise ébouriffe une mèche de Ses cheveux et le rafraîchit.

La voix devient rapidement hurlement, et quelque chose d'incroyablement puissant projette en avant tout ce qui se rattache à la Terre. Gravillons et poussières se font souffler à l'horizon.

Ses deux pieds essaient de s'arrimer au sol, mais ils dérapent, trébuchent, et glissent en se rapprochant inexorablement du bord du ravin.

Il se retrouve finalement à califourchon sur le bord, au-dessus du Vide.

La Poussée semble amusée de la situation, mais elle patiente, comme faisant durer un cruel plaisir.

Lui reste dans la même position, debout en équilibre au-dessus du trou infini.

Il le sait maintenant, et n'essaie pas de résister.
Au moindre mouvement, il tomberait.

Un petit souffle glacé provenant droit du précipice se fait sentir.

Celui-ci l'entoure lentement, refroidissant chaque membre, chaque muscle, chaque articulation, comme voulant déjà réduire le corps à l?état de cadavre debout.

Arrivant dans le dos, le souffle exerce une infime poussée vers l'avant.

Son corps gelé, ses pensées paralisées, il sent le vide lancer comme un appel puissant ... et c?est la Chute.
Il tombe, tombe, tombe, Tooont ! Tooont ! Tooont !

"Il est 7h, tout le monde debout ! Ici radio Sabre, la radio qui?" CLAC !

-Non, ? congé ? je dors encore ! fit Justin.

* * *


Toc toc toc !
- Va ouvrir Bill, ça doit être Kévin !
- Non, vas-y toi même !
- Pourquoi j'irais ?
- Tu es le plus près de la porte !
- Il y a un super truc à la télé que je ne peux pas manquer !
- Je n?irai pas, je suis déjà allé chercher le pain ce matin ! ? Si on demandait au nouveau ?
- Tu veux dire John ? Non il est crevé, il dort encore. Je le comprends, avec ce qui lui est arrivé hier ! Et il veut absolument aller à la police !

Toc ! Toc ! Toc ! " HE ! Il y a quelqu'un ? " fit une voix dehors.

- Bon tu y va ? dit Fred.
- Non c'est toi !

TOC ! TOC ! TOC !

" C'est pas fini ce vacarme ? Il y en a qui étudient ici ! "cria une voix étouffée à l?extérieur.

" Excusez-moi, ils n'ouvrent pas ! " répondit une autre, beaucoup plus faible et gênée devant la porte.

Bill ouvrit à ce moment.
Kévin, un grand gaillard au teint rouge tomate remit son sac sur son dos.
- Salut !
- Salut. Tu as dû consulter un mode d'emploi des portes ou tu avais perdu ta main dans ta poche ?
- J'étais occupé... Tu rentres avant que l?autre dehors nous lynche ?
- Ok.

Bill, assez bien enveloppé, se revautra mollement dans son fauteuil et continua à regarder son émission tout en discutant.

- Dis, il ressemble à quoi, le nouveau ? demanda Kévin.
- Un peu intello sur les bords, mais je crois qu'il est sympa répondit Bill
- Mais il a déjà eu des problèmes avec Nôm? ajouta Fred, daignant finalement bien se lever de son fauteuil.
Bien qu?il soit le frère jumeau de Bill, il n?avait aucun trait commun avec lui. Il avait le teint bronzé et des rastas blondes qui lui arrivaient jusqu?aux épaules.
- Salut Kevin, comment ça va ?
- Très bien, merci. Et toi Fred, tu as réussi tes examens ? J'aurais cru que t'allais encore doubler? fit Kevin le sourire aux lèvres.
- Arrête de ressortir cette blague ! C'est bon ! Tu sais très bien que j'ai réussi, t'étais avec moi à la remise des points !
- Oui, mais c'était tout juste?On ne sait jamais qu'un prof ait revu ses copies et ait corrigé tes points?
- Il n'y a pas eu d'erreur !
A ce moment, un ado, 17 ans mais semblant plutôt en avoir 15, un peu plus petit que la moyenne, cheveux noirs foncés, visage pas remarquable mais pas moche non plus, de grands cernes soulignant ses yeux bruns à moitié ouverts, Justin, surnommé par tous John, entra dans la pièce.
- T'as bien passé ta première nuit en Amérique ? demanda Fred en parlant dans un anglais correct, ce qui n'était pas une habitude chez lui: il articula chaque mots si lentement que Kevin laissa échapper un petit sourire d?amusement.
- Je ne savais pas que tu avais suivi des cours de diction !
- Ferme-la et laisse-le répondre. J'aimerais bien te voir à sa place, là-bas, en?, en?, enfin, où il habite quoi ! Alors, bien dormi ?
- Ouais, ça va ! Fit-il en bâillant.
- Bonjour, moi c'est Kevin ! Si t'as un problème en math, c'est pas à moi qu'il faut demander !
- Hello ! Quelle heure il est ?
- 3 heure de l'après-midi. Hé ouais, t'as bien dormi mon vieux !
- 3 heure ! Mais je dois absolument téléphoner à ma mère ! Elle va s'inquiéter !
- Il paraît que tu t'es fait attraper par la bande à Nôm ? Je te conseilles de ne pas aller à la police, ça ne sert à rien et tu as les pires problèmes par après...
- Non ! On m'a toujours dit qu'il ne fallait pas laisser les racketteurs agir, et ce n?est pas maintenant que je vais changer d'avis !
- T'aurais dû voir ce qu'ils ont fait à Luc, on le reconnaît plus maintenant ! Il a le visage trois fois balafré, et il n?a plus jamais pu faire d'étirements à fond sans réouvrir la plaie dans son dos. Le pire, c?est qu?ils l'ont attaqué sur une rue en pleine journée !
- Désolé, je vais vous laisser, je dois absolument téléphoner ! On en reparlera plus tard !
Justin couru jusqu'au téléphone public du lotissement et composa le numéro de chez lui.
- Allo, maman ?
- OU ETAIS-TU PASSE ???
- Ben, je?
- Tu as encore oublié, comme d'habitude ?
- Non, il?
- Ecoute, le temps manque ! Tu m'enverras une carte, j'ai pas envie que tu dépense tout ton argent au téléphone. Tout va bien ?
- Oui, sauf que j'ai eu un petit problème.
- Tu as ENCORE perdu ton porte-feuille ?
- Non, j'?
- Tu as oublié ton pyjama ?
- Non, j'?
- Tu as raté ton bus ?
- Euuh, oui, mais?
- Je t'avais dis d'être attentif, de bien demander quel bus tu devais prendre, mais "Maman elle répète toujours la même chose", "Maman elle parle toute seule, et ça ne sert à rien de l'écouter", ? Tu es arrivé à ton kot au moins ?
- Oui, mais j'ai eu un autre problème.
- QUOI ? Qu'est-ce qui as bien pu t'arriver d'autre en UN JOUR ??? Pourquoi c'est toujours toi qui les collectionnes ces choses-là ? Enfin !? Que t'est-il arrivé ?
- Une bande à moto m'a coincé dans une rue, je n'ai rien pu faire, je te jure, et?TUUUUUUUUT
Justin fouilla dans son porte-feuille. Plus de monnaie. Il pesta un bon coup, car le reste de son argent, dont la vieille monnaie de son père, était resté dans le sac.
"Tant pis, je lui écrirais plus tard, comme elle l'a dit." pensa-t-il.

Avant de rentrer, il décida de faire un tour pour se relaxer et prendre un peu mieux connaissance du lieu où il logeait.
De jour, c'était un assez beau lotissement, pas comme la veille où il est arrivé au bord des larmes et guettait chaque coin de rue sombre. Les bâtiments d'architecture moderne lui rappelaient un endroit près de chez lui, en Belgique.
Il y avait une certaine agitation, car la zone n'était pas habitée que par des étudiants. Des enfants jouaient aux cartes sur les trottoirs, d'autres se couraient après, des papas promenaient le chien de leur enfant, des joggeurs faisaient des tours de pâtés de maisons...

Un parc était visible au bout de la ruelle principale, l'autre direction menant au campus. C'était une des raisons pour laquelle ses parents et lui avaient choisi cet endroit. "Il faut que tu puisses te reposer au calme et respirer un bon bol d'air frais de temps en temps !" lui avait dit son père. Pour ça, au moins, il était tout à fait d'accord avec lui : il n'arrivait pas à se concentrer lorsqu'il respirait trop longtemps l'air renfermé des batiments scolaires.

A sa droite, il vit un petit bâtiment isolé des autres, un grand panneau "Police" surplombant une grande porte vitrée. Il hésita, puis réfléchit : "Ce serait vraiment trop bête d'attendre demain ! Et zut, tant pis pour les conseils, maintenant que j'y suis, j'y vais !"
Il regarda à droite, puis à gauche. Personne dans la rue. Pas de témoins. Il se dirigea d'un bon pas vers la porte et entra. Une jeune dame était en train de taper quelque chose à l'ordinateur.
- Vous désirez ? lui demanda-t-elle, le sourire aux lèvres.
- Je?j'ai été attaqué. Dit-il en se rappelant soudainement que la langue locale était l'anglais.
- Vous avez été attaqué ? Et vous venez porter plainte ?
- Oui, c'est ça.
- Contre qui ?
- Une bande dont le chef répond au nom de Nôm.
Justin ne le remarqua pas, mais le sourire de la dame s?était à cet instant évanoui pour laisser la place à une moue pensive.
Il expliqua du mieux qu'il le pût l'agression dont il avait été victime. La dame lui dit que c'était enregistré, lui fit signer sa déposition et lui confirma la totale confidentialité des informations.

Il sortit, satisfait de lui-même.
"Personne en vue?tout va bien."


Et pourquoi pas ?
 
Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 26 Mars 2006, 21:41
* * *


Chaleur étouffante.

Le soleil est absent. Une brume opaque semblant constituée de l'essence même de l'Ombre occulte entièrement le ciel.
Le paysage est cependant éclairé, mais par une source lumineuse provenant étrangement du bas.

Prise de conscience.

Une masse bouillonnante de laves en fusion défile en dessous. A l'horizon, quelques pics isolés, véritables bouées dérivant au fil des courants de lave. De temps à autre, une explosion ébranle la terre.

Il est là et attend.

La Présence terrifiante est présente. Il sent sa menace palpable, mais cette fois Il veut faire face.

Soudainement, une grosse bulle de lave explose violemment à la base du pic sous Lui. Sur le coup, celui-ci tangue et finalement se stabilise en ayant changé d'inclinaison. Ce qui était une surface plane sous les pieds devient une pente abrupte. Ses mains et Ses pieds s?accrochent à cette roche parsemée de niches et scories formées par la lave. Cette roche tranchante et aux irrégularités qui écorchent Sa peau en profondeur. Ses mains sont en sang.

Après un moment dans cette position, faute de trouver mieux, il reprend conscience de l'environnement : La surface de la lave semble s'être mise à respirer, comme un être à part entière. A l'horizon, de grosses bulles gonflent, puis se rétractent.

Elles se rapprochent, Il le voit bien. Inexorablement.

Il essaye de trouver une autre position, une corniche, ou quoi que ce soit pour qu'il puisse faire face et non se montrer de dos, mais en vain.

Bientôt, une bulle apparait sous ses pieds.

Elle semble attendre un ordre venu d'un lieu lointain.

Puis Elle gonfle, gonfle et cette fois-ci ne se rétracte plus.

Petit à petit elle prend la taille d'une tortue, d'un bâtiment, d'une colline !

La fin est proche, Il le sent.

Ses bras, supportants tout son poids, se font langoureux. Il est à bout de force.

Il essaie de changer sa prise, et par ce mouvement laisse échapper un petit caillou noir-encre, recouvert de sang rouge-lave. Ce petit caillou, il le voit tomber comme au ralentit, se rapprochant de la bulle sur le point de se rompre.

Puis c'est l'Explosion : des gerbes de laves jaillissent de partout dans un feu d'enfer, le pic s'ébranle et, comme un navire torpillé, il s'enfonce lentement dans les courants mouvementés.

Il sent la lave se rapprocher, de plus en plus rapidement. Il ses jambes commencent à roussir et? ! hey ! hey ! HEY !

Fred, en veston de cuir, secouait Justin de ses deux mains.

-Hey! Réveilles-toi ! Tu n'arrêtes pas de crier ! Tu fais des cauchemars ?
-Euuuh?oui?je ne sais pas?depuis que je suis ici, je n'arrête pas de faire d'étranges rêves. Chaque fois j'ai l'impression d'être traqué et chaque fois je suis censé mourir à la fin ! Et je ne te parle pas du cadre ! Des îlots de lave en fusion, un désert sans fin parsemé de crevasses,?
-Hé ! Stop ! C'est bon ! Ca doit être le changement de décor qui te fait un peu délirer ! Ne t'en fais pas, ça va vite passer. Tu es ici que depuis cinq jours finalement !
-T'as peut-être raison. On fait quoi aujourd'hui ?
-Tu as l'air encore crevé, mais on pourrait aller au bowling ce soir !
-Bonne idée !
-Maintenant je dois aller faire du shoping? Bill ! Je pars, c'est à ton tour de préparer le déjeuner !
-Mmmm?
-Aller gros paresseux ! Occupes-toi un peu de John !
-Mmmm?
-Si tu ne te lèves pas, je pars avec le choco ? !
-C'est bon, je suis debout? dit-il d'une voix résignée, tout en restant couché.
-A tout à l'heure ! Rendez-vous à 9h p.m. au Gnilwob ?
-Ok! A tout à l'heure !
-Ah oui, j'allais oublier, il n'y a plus de céréales pour déjeuner !
-Et tu nous dit ça comme ça ? La supérette la plus proche est à 1 km !
-Salut ! fit Fred en sortant, le sourire aux lèvres.
-Pff ! Tu n'as pas envie d'aller les chercher, ces céréales ? demanda Bill. Je t'ai montré hier où c'était.
-?OK ! mais la prochaine fois c'est?
-C'est bon, c'est bon, vas-y !

Justin partit et prit le vélo qu'il avait racheté à Bill (qui ne semblait pas l'avoir utilisé fréquemment, vu son état impeccable).

En chemin, son regard fut de suite attiré par les volutes de fumées d?une centrale toute proche. Une centrale au pétrole ! Alors que toutes les scientifiques s?accordaient à dire que si les USA ne diminuaient pas leurs émissions de gaz à effet de serre comme les autres pays industrialisés, en plus de touts les dégâts environnementaux, la Floride disparaîtrait sous les flots, de la même façon que la plupart des îles du Pacifique qui l?ont déjà fait. Mais le président ne voulait rien entendre. « Si nous signons à nouveau le traité de Kyoto, notre économie chuterait, et nous perdrions des millions ! C?est inacceptable ! Et puis j?ai pris une décision, je m?y tiens ! » Mais ils y perdront bien plus s?ils ne prennent pas les mesures nécessaires ! « Nous sommes en train de construire des digues sur toutes nos côtes, aucun risque. » Oui, d?accord, mais cela ne serait-il pas mieux s?ils faisaient des économies sur l?énergie et ne pas payer les digues ?

Son attention est attirée à droite par un terrain vague. Un étrange petit nuage de brume le recouvre, unique dans tous les alentours. Il est en train d?observer le phénomène lorsqu?un vélo surgit soudainement de la gauche. Justin freine à fond, mais c?est déjà trop tard ! Son vélo percute l'autre et il tombe au sol. Son pantalon est déchiré au genou qui est en sang et son guidon est tordu. L?autre cycliste relève le vélo, s?excuse et s?en va prestement.

Lorsque Justin se releva et regarda à nouveau le terrain, il le vit comme il l?avait vu la veille: vague et sans une brume. Se disant qu?il avait sûrement rêvé comme cela lui arrivait fréquemment ces temps-ci et se promettant qu?il ne s?y reprendrait plus, il reprit son chemin pour la ville.


Et pourquoi pas ?
 
Siçhu - Racines
Avatar de La racine
  • Messages : 1010
  • Inscrit : 11 Décembre 2004
  Lien vers ce message 04 Avril 2006, 21:18
* * *


Il est l'heure !

John se dépêcha de se préparer. Il descendit vite chercher son vélo. Il avait hâte de se dégourdir les jambes. Il attendit deux minutes que Fred arrive sans se presser.
-Pourquoi tu te dépêche ? demanda-t-il.
-J?aime bien arriver à l?heure.
-Je parie que l?on devra encore attendre les deux autres qui ont d?abord étés jouer au Luna-Park !
-Tant pis, on attendra !

Ils enfourchèrent leurs vélos et ne discutèrent plus de tout le trajet.
Le bowling se trouvait dans le centre commercial où il avait été faire ses courses.

En passant devant le terrain vague, Justin ne put s'empêcher d'y jeter un coup d'?il. Il y vit comme d?habitude la carcasse de la vieille deux-chevaux rouillée et l?arbre mort qui ressemblait à un vieux chiffon tordu se maintenant debout par le plus grand des hasards.

Ils continuèrent et arrivèrent devant une façade bariolée de couleurs vives. « Gnilwob bowling, the best bowling of Harvard?s university. »

Ils regardèrent autour d'eux. Pas de Kévin ni de Bill.
Bill regarda sa montre. Il était 8h50 p. m.
-On va au moins devoir attendre un quart d?heure ! Pesta Fred. Ils sont toujours en retard !
-Mais non, pourquoi tu dis ça, ils vont bientôt être là ! Je vais boire un petit verre en attendant. Tu viens ?
-Ouais, il ne reste que ça à faire.

Dix minutes, un quart d?heure, puis une heure plus tard?
-Là, je crois qu?ils ont oublié ! fit Fred
-je crois que tu as raison. On fait une partie ?
-non, je n?ai plus le temps. J?ai un rendez-vous avec Sofia !
Justin n?avait jamais eu de chance avec ses copines. Il était trop absorbé par ses études et ne savait pas trop comment s?y prendre. Il avait une fois été attiré par une fille dans une manifestation écolo avec qui il était resté toute la journée. Ils avaient parlé entre autre des études et bien sûr de la sauvegarde de la nature... le problème c'est qu'il l'a perdue de vue lorsqu'ils avaient été séparés dans une bagarre entre les manifestants et les forces de l'ordre. Là, il s?était rendu compte qu?il ne connaissait même pas son nom. Il la revit une fois, quelques mois plus tard, mais ne put pas aller lui parler : elle était aux bras d'un garçon qui n'avait pas l'air de vouloir partager.
-Bon, bonne chance ! Moi je vais rentrer au kot alors...
-Ok, à tout à l?heure !

John prit encore un verre et alla chercher son vélo. Après deux coups de pédale, il freina brusquement. Une bande à mobylette venait de surgir de partout à la fois et l'avait encerclé. Il regarda cette fois plus attentivement le chef: Nôm.
Il s?agissait d?un grand gaillard roux aux larges épaules, portant un veston de cuir. Tout le monde apparemment savait qu?il rackettait des lycéens, mais lui et sa bande n?avaient jamais été retenu plus de deux heures au commissariat. Justin avait entendu dire qu'il était le fils d?un riche patron d'une entreprise de la région. Nôm avait une réputation qui faisait peur: chaque fois qu?il se faisait arrêter, il s?arrangeait pour trouver le dénonciateur, pour pouvoir ensuite le tabasser.

Justin avait pris mille précautions, mais Nôm avait deviné, et il n'avait pas peur de pratiquer son passe temps en pleine rue !

-Bonjour, petit. Alors, on va se plaindre chez les keufs ? Ce n?est pas bien de faire ça ! Ce n'est pas poli surtout !

Justin se tut.

Nôm descendit de sa moto avec son éternel couteau papillon qu?il fit tournoyer dans touts les sens autour de lui.

-Comme tu le sais, je déteste qu'on aille me dénoncer? et je déteste encore plus rester deux heures en tôle !!!

John ne prit pas même le temps d?écouter la fin de la phrase. Il bondit sur son vélo et pédala de toute sa force. Cinq mobylettes démarrèrent en trombe derrière lui quelques secondes plus tard.

- Laissez-lui de l?avance, que la poursuite soit amusante ! entendit-il crier derrière lui.


Il n?a que quelques centaines de mètres d?avance.

Les mobylettes se rapprochent inexorablement.

Il s?imagine très bien ce qu?ils feraient de lui s?ils le rattrapaient. De plus, il n?y aurait personne pour l?aider: de nos jours les gens détournent très facilement les yeux de ce genre de situation, pour ne pas être agressé à leur tour.

Plus que quelques mètres entre lui et le bruit des mobylettes, et il n?est qu?à la sortie de la ville. la fatigue commence déjà à se faire sentir dans ses jambes. Les poursuivants semblent faire exprès de se rapprocher lentement, pour faire durer le plaisir, et cela lui rappelle de nombreux souvenirs, quoique flous.

« Pourquoi sont-ils si méchants ? Pourquoi racketter des gens alors que l?on a pas besoin d'argent ? Pourquoi ? ? »

Il les hait, il les déteste !

Ils arrivent à ses côtés. Ils veulent à nouveau l'encercler !

Il sent ses muscles qui ne répondent presque plus. Bout de soufle.

« Pourquoi ? ? »

Tout se passe très vite, et le temps est comme figé.

Les motards l'ont dépassé et ne se doutent de rien, mais lui Sent que quelque chose va se produire. Quelque chose d'Autre.

Du coin de l'?il, il aperçoit le terrain vague, et venant du vieil arbre tordu, une gigantesque boule d?Eau de la taille d?une voiture.

Ce qui lui fait peur à ce moment, c?est qu?Elle fonce droit sur le petit groupe.

Le temps reprend soudain son cours.

Il se sent aussitôt assommé par la masse d?eau, absorbé, noyé ... son corps est ballotté en tous sens, puis tourne, tourne et tourne encore...

Des formes floues tourbillonnent autour de lui à toute allure.

Le haut et le bas perdent leur sens.

Il croit distinguer de temps en temps la forme d'une roue ou la silhouette d'une personne.

Peu à peu, son esprit saturé d?émotions fortes tombe dans le grand réconfort de l?inconscience?


Et pourquoi pas ?
 
Forum verrouillé Remonter en haut de la page


.